Savoir-faire · l’atelier de la bastide

Le temps des mains.

Au-dessus de Grasse, l’atelier distille encore avec l’eau de la source et taille chaque bouchon de cristal à la main. Avant d’être porté, un flacon de Sylphie passe entre une vingtaine de mains.

Le flacon Sylphie traversé par la lumière, ses reflets dorés posés sur des voiles translucides

Les matières

D’où vient chaque note.

Les sept matières de Sylphie, et l’eau qui les relie. Pour chacune : sa terre, la part que l’on garde, la façon de la recueillir.

Le flacon Sylphie entouré de toutes ses matières : bergamote et baies de poivre rose, fleurs de frangipanier et de jasmin, bois de santal, ambre et musc blanc

Note de tête

Bergamote de Calabre

Origine
La côte ionienne de Calabre, autour de Reggio.
Partie utilisée
Le zeste du fruit, cueilli encore vert entre novembre et février.
Procédé
Expression à froid : le zeste est râpé puis pressé, sans aucune chaleur.

Note de tête

Poivre rose

Origine
L’île de La Réunion.
Partie utilisée
Les baies séchées du faux-poivrier, cousin du pistachier plus que du poivre.
Procédé
Extraction au CO₂ supercritique, qui garde le piquant sans l’amertume.

Note de cœur

Fleur de frangipanier

Origine
Le Karnataka, dans le sud de l’Inde.
Partie utilisée
La fleur entière, ramassée au lever du jour.
Procédé
Extraction aux solvants volatils, puis lavage à l’alcool pour obtenir l’absolue.

Note de cœur

Jasmin sambac

Origine
Le Tamil Nadu, autour de Madurai.
Partie utilisée
Le bouton floral, cueilli l’après-midi, quelques heures avant qu’il s’ouvre.
Procédé
Extraction aux solvants volatils le soir même : une concrète, puis une absolue.

Note de fond

Bois de santal

Origine
Des plantations replantées de Nouvelle-Calédonie.
Partie utilisée
Le cœur du bois et les racines, sur des arbres de plus de quinze ans.
Procédé
Distillation des copeaux à la vapeur d’eau, pendant plus de quarante heures.

Note de fond · accord

Ambre

Origine
Un accord composé à l’atelier : ciste d’Andalousie, benjoin du Laos, vanille de Madagascar.
Partie utilisée
La gomme du ciste, la résine du benjoin, les gousses de vanille.
Procédé
Résinoïdes et teintures, assemblés à la main. Rien à voir avec l’ambre fossile ni l’ambre gris.

Note de fond

Musc blanc

Origine
Des molécules de synthèse, produites en laboratoire.
Partie utilisée
Aucune : il n’est tiré d’aucun animal ni d’aucune plante.
Procédé
Synthèse, puis pesée au centième de gramme. Il prolonge le fond et laisse sur la peau un halo propre.

Ce qui les relie

L’eau de la source

Origine
Sous le laboratoire de la bastide, à 12 °C été comme hiver.
Partie utilisée
L’eau vive, filtrée sur sable.
Procédé
Elle refroidit le serpentin de l’alambic de cuivre, comme en 1927.

Le déroulé

De la fleur au flacon.

Cinq étapes, toujours dans cet ordre. Aucune ne se presse.

  1. La cueillette

    Le jasmin sambac se cueille en boutons, la fleur de frangipanier au lever du jour, la bergamote encore verte. Chaque lot est pesé, daté, et part vers l’extraction dans les heures qui suivent : une fleur qui attend perd ce qu’elle a de plus fragile.

  2. L’extraction

    Pression à froid, distillation à la vapeur, solvants volatils : chaque matière a son procédé, choisi pour ce qu’il respecte. Une tonne de boutons de jasmin donne environ deux kilos d’absolue.

  3. La composition

    Camille Aubrac, parfumeuse de la Maison, compose au laboratoire, au-dessus de la source. Sylphie lui a demandé dix-huit mois et 312 essais, chacun pesé au centième de gramme et porté plusieurs jours avant d’être jugé.

  4. La maturation

    Dilué dans l’alcool, le parfum repose huit semaines en cuve, à l’abri de la lumière. Les notes s’y accordent. Il est ensuite glacé, puis filtré, pour rester limpide dans le flacon.

  5. La mise en flacon

    Chaque flacon est rempli, serti et contrôlé à la main. Son bouchon de cristal, taillé à l’atelier, est ajusté à son col : ils ne se quittent plus. Le numéro de lot est gravé sous la base.

Gros plan sur le bouchon de cristal taillé de Sylphie, ses facettes cerclées de filets d’or, sur fond noir

Le flacon

Quatorze heures pour un bouchon.

Le bouchon de Sylphie part d’un bloc de cristal brut, gros comme un poing. Le tailleur l’ébauche à la meule, puis ouvre ses facettes une à une sur une roue de pierre mouillée, sans gabarit : la courbe se juge à l’œil et au pouce.

Viennent le douci, puis le poli, sur des roues de bois et de liège, jusqu’à ce que la lumière le traverse sans accroc. Les filets d’or sont posés au pinceau, d’un seul trait, et cuits au four pour se fondre au cristal.

Le flacon, lui, est de verre sculpté. Chaque bouchon est ajusté au sien, et à lui seul : c’est ce qui fait qu’un flacon de la Maison se garde longtemps après le parfum.

En chiffres

Le temps, compté.

Ce que Sylphie a demandé, du premier essai au premier flacon rempli.

mois de création
18
essais avant la formule finale
312
heures de taille par bouchon
14
semaines de maturation
8

Tout ce travail tient dans un souffle.